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À propos de Sarah Zweig, d'amour et de guerre

Jacques Allard répond aux questions de Marianne Villeneuve

Qui est Sarah Zweig ?

Sarah Polanski est un personnage fictif apparu dans mon premier roman, Rose de La Tuque. Dans ce deuxième, on retrouve l’amoureuse qui suit son amant jusqu’en Europe où les Alliés combattent l’Allemagne hitlérienne.

Viennoise d’origine juive, ell a vécu dans l’appartement de Schubert jusqu’à l’assassinat de ses parents antiquaires et amateurs d’art, en 1927. Protégée par des amis de sa famille, le grand écrivain Stefan Zweig et sa femme Friderike Burger, l’orpheline de onze ans sera d’abord formée dans un couvent catholique, avant d’étudier plus tard en lettres à l’université de Paris.

Comment Sarah peut-elle arriver à La Tuque?

            En 1938, alors que la menace hitlérienne grandit, elle suivra Stefan Zweig à New York où son « oncle » doit faire des conférences. Elle rencontre alors Anne Stillman-McCormick dont elle devient la dame de compagnie. Pour amerrir bientôt dans le domaine de la dame richissime, près de La Tuque où elle fait bientôt connaissance de Rose-Marie Blackburn et de son frère Hugues, futur pilote envoyé en Angleterre, dont elle deviendra amoureuse. C’est pour le retrouver que, bientôt agent secret du Renseignement canadien, elle ira subir différents apprentissages au Royaume-Uni.

Une large partie de votre roman se déroule à Londres. Pourquoi avoir campé l’action dans cette ville ?

            Parce que c’est à Londres que se trouve le quartier général de Churchill, celui du général de Gaulle et d’autres alliés dont le Canada. Sarah s’installera donc à notre ambassade, appelée le Haut-Commissariat. Elle y aura sa couverture, un emploi fictif de secrétaire-rédactrice.

Les écrivains sont très présents dans le journal de Sarah : Stefan Zweig, Virginia Woolf, Sigmund Freud. Est-ce le professeur de littérature qui parle à travers elle ?

            Stefan Zweig est évidemment le plus important pour Sarah. Et pour moi, qui ai voulu rendre hommage à un écrivain qui meurt de son époque. Au cœur de l’histoire racontée, il incarne l’humanisme, l’histoire, la littérature, la culture, en un mot la civilisation que veut anéantir le fascisme nazi. Par son suicide, Zweig dit la souffrance souvent fatale des créateurs, signant par là son ouvrage ultime, un « Mane Thecel Pharès », un avertissement de la catastrophe à venir.  Côté femmes écrivains, Sarah se sent très proche de Virginia Woolf et de son œuvre.

Elle s’intéresse à d’autres contemporains significatifs, parfois légers jusqu’à l’indifférence, ou bien  combattants comme Éluard ou Aragon, mais attention, mon roman ne disserte pas, ne fait pas d’exposés didactiques. Il exploite l’actualité littéraire de l’époque, lui donnant sa place parmi d’autres faits essentiels, politiques et sociaux. Je mets en texte certains auteurs, certaines œuvres,  parce que cela sert la bonne marche de l’histoire, le parcours de ma Sarah qui, au fait, est une ex-doctorante en lettres de la Sorbonne. Pas étonnant qu’elle finisse par être prise au piège de l’écriture en prétendant ne tenir que son journal intime.

Et puis, comme on sait, tous les écrivains vivent de la littérature, la mettent en fiction, qu’ils s’y réfèrent clairement, de façon codée ou dissimulée. Autophage, la littérature, depuis Homère. Quant à moi, après tant d'années de lecture, il est à prévoir que ma culture affleure, imprègne mes fictions. Déjà plusieurs de mes nouvelles le montrent. Je n’y peux rien. Si bien que Sarah c’est aussi moi, que je dirais, en saluant Flaubert.

Je rêve tout de même de rejoindre le grand public curieux, celui qui aime apprendre en se divertissant. J’espère que mes lecteurs et lectrices prendront un plaisir aussi grand que celui que j’ai eu dans l’affabulation et sa mise en musique narrative.

Peut-on dire que Sarah Zweig est d’abord un roman d’amour ?

            Absolument! C’est l’amour au temps du choléra fasciste.

Une histoire où l’amour d’une femme pour un homme devient l’amour de l’humanité, où l’amour finit par mener la guerre contre l’immonde, l’inadmissible utopie d’Hitler et son entourage. Au final, un roman d’amour et de guerre, comme dit le sous-titre, leur opposition finissant par une sorte de mariage.

Au fil du roman, on constate que les noms sont très présents. Sarah Zweig en portera différents.

            Comme vous le savez, la valse des noms est courante dans le monde de l’espionnage. Dans la Résistance française, on pouvait en avoir cinq ou six. Mais pour moi le motif  du nom passe aussi chez Hugues obsédé par son patronyme dont il veut connaître l’origine et la faveur à travers sa généalogie. La recherche généalogique passionne beaucoup de Québécois. On le voit dans les bibliothèques. J’ai moi-même fait cette recherche pour les Blackburn maternels comme pour les Allard. Une sorte d’obsession identitaire, peut-être, toujours présente dans le Québec contemporain. 

Le personnage principal de Rose de la Tuque, votre précédent roman, est présent dans ce texte, puisque Sarah interpelle son amie Rose. Seront-elles à nouveau réunies dans un troisième volet ?

            Qu’en pensez-vous? À la fin de Sarah Zweig, tout reste possible. Qui lira verra!

 
Bescherelle
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